7 QUESTIONS A LA LMB ou l’interview avortée de la revue Knack

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7 QUESTIONS A LA LMB ou l’interview avortée de la revue Knack

7 questions à la LMB bisVoici l’intégralité d’une interview qu’un journaliste de la revue flamande « Knack » a sollicité à la LMB. La LMB a été contacté au départ pour un article sur la question de l’organisation de l’islam en Belgique. A la place de cela, nous avons eu droit à un article-cliché sur les « Frères Musulmans, la Loge de l’islam ». Cet article parle finalement essentiellement de la LMB. Nous avons reproché à ce journaliste de faire preuve d’un grand manque d’équilibre. Effectivement sur les 4 pages de l’article, nous ne retrouvons que 3 ou 4 parties de citations de notre interview. Par ailleurs, nous ne retrouvons pas, et cela aurait été le minimum, un exposé objectif de la manière dont nous nous présentons ainsi que de notre pensée malgré cette longue interview. La LMB ne refuse pas la critique ou le débat sur les idées, mais malheureusement cet article nous paraît très orienté. Est-ce que les réponses apportées par la LMB dans cette interview ne convenait pas à la ligne de son article? A chacun de se faire son idée. Bonne lecture.

KNACK: Question n°1: Est-ce que la LMB s’inscrit dans une tendance idéologique ?

LMB: Sur le plan strictement religieux, la LMB est une association musulmane de tendance sunnite. Le sunnisme est également une branche de l’islam très diversifiée, notamment avec les 4 principales écoles juridiques (Hanafites, Malékites, Shafiites, Hanbalites). La LMB ne privilégie pas une de ces écoles juridiques. Chacun est libre de se rattacher à l’une de ces écoles.

Sur le plan des courants de pensée contemporains, la LMB s’inscrit dans la droite ligne de ce que nous appelons le « courant réformiste ». Les idées maîtresses du courant réformiste d’après la LMB sont les suivants :

– Une lecture de l’islam basée sur l’ouverture, le dialogue et le respect.

Il est important de noter que certains courants musulmans actuels véhiculent au contraire une lecture de l’islam tout à fait contraire et qui essaie de justifier religieusement une lecture fermée et peu respectueuse de la diversité, voire qui prône la haine envers l’autre.

– Une lecture de l’islam qui est fidèle à ses références que sont : le Coran et la Sunna (ou la Tradition Prophétique).

Nous avons un attachement certain vis-à-vis des sources de l’islam. Cependant, nous privilégions une lecture de ces sources qui mette l’accent sur les finalités et les objectifs des Textes plutôt que sur une lecture littéraliste qui ne laisse pas de place à la raison humaine et à l’évolution.

– Une lecture de l’islam qui prend en considération la réalité et le contexte.

Dans notre cas, nous qui vivons en Belgique et en Europe, nous privilégions les avis religieux que nous estimons les plus adaptés à la réalité belge et européenne. Il faut savoir qu’en islam, il n’y a pas de clergé qui impose des avis religieux pour tous les musulmans du monde. En réalité, tout savant musulman qui possède les compétences religieuses peut émettre des avis religieux. Il est préférable que ces savants musulmans s’associent dans leurs réflexions à des spécialistes et des acteurs de terrain qui connaissent la réalité, le contexte, les traditions, les coutumes et les mentalités des gens et ce, afin de pouvoir émettre des avis religieux adaptés au contexte belge et européen. L’islam est assez libéral dans le sens où il n’existe pas une institution qui impose des avis religieux, mais chaque musulman peut opter pour l’avis religieux avec lequel il se sent le plus à l’aise. Aujourd’hui, le Conseil Européen de la Fatwa et de la Recherche est une institution qui essaie d’émettre des avis religieux qui tiennent compte de la réalité européenne. Elle dispose d’une production assez intéressante, mais malheureusement uniquement disponible en langue arabe. Cependant, tout musulman est libre d’opter ou non pour ces avis. Ce ne sont que des propositions qui sont le fruit de la réflexion humaine.

– Une lecture de l’islam basée sur la modération et le juste-milieu.

Cette lecture de l’islam refuse toute forme de fanatisme et d’extrémisme. Elle opte pour une pratique musulmane modérée. Elle opte également pour la voie de la facilité et de la souplesse.

Le réformisme musulman :

– implique d’abord d’avoir une lecture réformiste du Coran et de la Sunna. Elle tente de répondre également à des questions nouvelles liées à notre époque et à notre contexte qui est en constante évolution. Il faut savoir que cette dynamique a toujours existé à travers l’histoire de l’islam et principalement à travers la pratique de l’ijtihad (effort d’interprétation des Textes et qui tient compte de la réalité).

– encourage également les Musulmans, à partir de leur spiritualité, de leurs valeurs et de leur éthique à apporter une contribution positive à la société dans laquelle ils vivent et ce, dans leur quotidien et à tous les niveaux.

C’est malheureusement une erreur courante d’associer le courant réformiste aux seuls Frères Musulmans, même si à certains égards, ils s’en inspirent également. L’autre erreur est de considérer comme appartenant aux Frères Musulmans toute association ou tout groupe ou toute personne qui a une sensibilité réformiste. Il existe également parmi les Musulmans, d’autres qui se revendiquent du réformisme et qui n’ont pas la même définition du réformisme que la LMB. Mais cela est quelque chose de tout à fait normal, la diversité de points de vue et des opinions est chose courante et naturelle.

KNACK: Question n°2: Dans votre mission, on lit que vous voulez promouvoir « une citoyenneté active et participative ». Qu’est-ce que cela veut dire ?

LMB: C’est une notion très importante chez la LMB car elle articule une bonne partie du discours qu’elle véhicule. Pour bien saisir cette notion, il est important de la mettre en perspective en rappelant le discours qui était véhiculé chez les Musulmans notamment durant les années 80 et même parfois chez certains courants de pensée musulmans actuels. (Nous pensons notamment au salafisme dans ses formes les plus extrêmes. Mais attention, il serait malhonnête de dire que la pensée salafiste est une. Depuis plusieurs années, plusieurs de leurs prédicateurs en Belgique ont fortement évolué dans leur pensée et leur discours. Certains se limitent à une pratique piétiste et certains vont même prôner le vivre-ensemble et la participation citoyenne. Chose qui était impensable il y a 20 ans). Dans les années 80, plusieurs imams dans les mosquées et la radio arabe condamnaient et considéraient comme un péché le fait d’opter pour la nationalité belge. Ceux-ci se justifiaient par la crainte que les Musulmans abandonnent leur foi et leur pratique musulmane. Aujourd’hui encore, certains véhiculent le fait que c’est un péché grave que de vivre en Belgique dans un pays non musulman. Ils considèrent que voter aux élections ou participer à la vie politique est un signe d’incroyance. De même, certains, au nom d’une interprétation que nous jugeons erronées de l’islam, considèrent qu’il ne faut pas s’allier aux non-musulmans et ne pas les prendre pour ami. Ce discours existe malheureusement et créé de vrais frustrations chez bon nombre de jeunes musulmans. Ce discours créé une dualité dans l’esprit de ces Musulmans qui opposent toujours Musulmans et non-Musulmans. Ce discours génère également le communautarisme, le repli sur soi, parfois la haine de l’autre, le mal-être de vivre en Belgique, l’auto-marginalisation de la société, la non-contribution positive pour le bien commun, la volonté de quitter la Belgique qui les a vu naître, le fait de rejeter les lois de notre pays ainsi que les autorités, le fanatisme,… Ce sont malheureusement ces idées qui ont abreuvé cette jeunesse qui s’est radicalisé. Ceux-ci sont des proies faciles pour tout recruteur.

Lorsque la LMB prône la citoyenneté, elle véhicule les idées suivantes :

– le fait que les Musulmans doivent se considérer comme des citoyens faisant partie d’une communauté unique, la communauté nationale.

– le fait d’être fidèle à la Constitution et aux lois du pays dans lequel nous vivons. A la question : qu’est-ce qui prime : la Loi de Dieu ou la Loi du pays ? Nous répondons sans aucun complexe, même si certains courants nous critiquent pour cela, que la Constitution et les lois du pays priment et s’imposent. Nous considérons même que c’est l’islam qui nous impose d’être loyal envers notre pays et de respecter les contrats. Et la Constitution est une sorte de contrat social entre l’Etat et ses citoyens. Cela dit, le cadre démocratique permet aux citoyens de critiquer les lois s’ils ne sont pas d’accord avec certaines d’entre elles. Les citoyens peuvent manifester ou mener des campagnes en faveur ou contre une loi. Mais le respect de la Loi dès qu’elle entre en vigueur s’impose.

– cela implique l’amour du pays, le vivre-ensemble et donc le rejet du communautarisme, l’ouverture sur la société, la volonté d’œuvrer pour le bien commun et d’apporter une contribution positive à la société dans laquelle nous vivons.

Cette notion de citoyenneté bat notamment en brèche toutes les idées qui peuvent pousser des musulmans à se replier sur eux-mêmes et à se radicaliser.

KNACK: Question n°3: Pouvez-vous m’expliquer les projets de Bruxelles, Anvers, Gand, Liège et Verviers ? De quoi s’agit-il exactement ? Est-ce qu’on sait déjà quand ils seront terminés ? Est-ce qu’il y a des autres projets dans le futur ?

LMB: Ce sont généralement des centres islamiques et culturels. Ils accueillent notamment un espace lié au culte, mais également des espaces d’enseignement de l’arabe et de l’islam, des espaces pour les projets jeunesse mais également faire en sorte que ce soient des espaces ouverts à toutes et à tous quelles que soient leurs convictions, des débats sur des thématiques d’actualité et des débats inter-convictionnelles. Nous espérons ouvrir également des espaces d’expositions sur l’islam et les cultures musulmanes. Ces derniers aspects d’ouverture sont fondamentaux pour nous surtout aujourd’hui, il faut le reconnaître, l’islam suscite des peurs et des préjugés. Les mosquées en Belgique ne sont pas toujours ouvertes aux non-musulmans, tout simplement car parfois ces lieux sont exigus, ou encore que les personnes qui gèrent ces mosquées appartiennent à des générations précédentes à qui nous devons beaucoup mais qui n’ont pas nécessairement ce souci ou tout simplement n’osent pas s’ouvrir.

Au sein de la LMB, il y a beaucoup de membres qui sont nés en Belgique, qui maîtrisent la langue du pays et qui ont grandi ou côtoient des camarades non-musulmans. Même les membres de LMB qui ne sont pas nés en Belgique ont cet état d’esprit d’ouverture. Voilà donc la raison pour laquelle la LMB veut établir des centres culturels musulmans ouverts sur la société et qui pourra, nous l’espérons, construire des ponts entre les citoyens et avoir une pratique de l’islam apaisée et qui mette l’accent sur l’amour et la spiritualité. Nous avons déjà un centre à Verviers (le Complexe Educatif Culturel Islamique de Verviers) qui jouit d’une excellente réputation et qui fait déjà ce type de travail. Ce centre a notamment joué un rôle exemplaire d’apaisement et d’ouverture suite aux assauts contre une cellule « djihadiste » à Verviers. A Bruxelles, nous étions sur le point de signer un acte de vente concernant un bien immobilier, cependant la commune a exercé son droit de préemption car elle recherchait aussi un bien immobilier pour des projets d’intérêt communal. Cependant le projet est toujours en cours. Pour la LMB, le temps n’est pas un obstacle. Cela peut prendre le temps qu’il faudra.

La réalisation des projets dépendent aussi bien entendu des moyens financiers. Nous n’hésitons pas à rechercher des fonds même à l’étranger auprès de donateurs privés ou d’institutions donatrices. Les transferts de fonds se font toujours dans un cadre légal et transparent. Nos bilans en témoignent. Il est important de souligner que nous refusons toute forme d’ingérence extérieure dans nos projets. Ce sont des projets que nous concevons nous-même, avec notre philosophie et nos objectifs. Nous défendons nos projets avec les objectifs que la LMB s’est fixé. Ceux qui acceptent de nous faire des dons sont généralement convaincus de l’esprit de nos projets sinon ils ne nous aideraient pas. Il est vrai qu’aujourd’hui dans le débat public, on a tendance à stigmatiser les fonds qui viendraient de l’étranger. Pour notre part, nous estimons qu’il ne faut pas tout stigmatiser d’autant que d’autres organisations religieuses non-musulmanes bénéficient également de fonds étrangers, alors pourquoi pas les musulmans.

Par ailleurs, la LMB avait été sollicité par le Ministère des Affaires Islamiques du Koweït pour l’établissement en Belgique d’un centre de formation ECTE. Ce centre devait favoriser la formation des enseignants sur la pédagogie de l’enseignement de la langue arabe, et principalement celle dispensé dans les mosquées. Ils bénéficient d’une expertise particulière pour l’enseignement de la langue arabe aux non-arabophones. La LMB a accepté de participer à la mise en œuvre de ce projet, cependant il est actuellement en stand-by.

Pour ce qui concerne des autres projets futurs, laissons le temps au temps et l’avenir nous le dira.

KNACK: Question n°4: Comme organisateur de la Foire musulmane, il y a eu des critiques sur la présence de la mosquée du Cinquantenaire. Comment est-ce que la LMB répond à ces critiques ?

LMB: La LMB prône l’ouverture, le dialogue et le respect envers nos concitoyens qui partagent d’autres convictions mais également envers les musulmans en intra-communautaire même si nous pouvons diverger sur plusieurs points de vue.

C’est le cas notamment avec la mosquée du Cinquantenaire. N’oublions pas que la mosquée du Cinquantenaire a une place historique particulière en Belgique. Cette place, c’est l’Etat Belge lui-même qui la lui a conféré. Rappelons aussi que le Conseil de cette mosquée est composé par plusieurs ambassadeurs de différents pays musulmans avec lesquels l’Etat Belge entretient de très bonnes relations notamment au niveau économique, culturel ou autres. Certains théologiens de la mosquée du Cinquantenaire font même partie du Conseil des Théologiens de Belgique initié par l’Exécutif des Musulmans. Il faut comprendre qu’en intra-communautaire, il est tout à fait naturel que des associations ou institutions ou personnalités musulmanes entretiennent des relations très courtoises et ceci est une réalité. C’est pour cela qu’il ne sera pas rare de voir des associations ou des personnalités de différentes écoles de pensée, même s’ils sont très divergents, se côtoyer et entretenir des relations amicales et fraternelles. D’autant que la Belgique est un petit pays et que plusieurs acteurs musulmans se connaissent entre eux.

Vous verrez par exemple qu’à la Foire Musulmane, nous pouvons inviter des personnes de différentes écoles de pensée avec lesquels nous suscitons le débat. Un des meilleurs exemples est le débat qui a eu lieu lors de la dernière Foire Musulmane sur la thématique « Faut-il réformer l’islam ou la pensée musulmane ? ». Dans ce débat étaient notamment invité Monsieur Ghaleb Bencheikh qui défend une vision dite « libérale » de l’islam, et d’autres intervenants. Les échanges sont francs mais toujours très courtois (la vidéo est disponible sur youtube). Le débat, toujours à la Foire musulmane, sur l’avenir des cours philosophiques a permis de mettre à la même table des intervenants des convictions musulmanes, catholiques, juives et laïques (la vidéo est également disponible sur youtube).

Pour la Foire musulmane, la LMB ouvre la porte à différents partenaires et cela est caractéristique de notre esprit d’ouverture. C’est pour cela que vous verrez de nombreuses associations apporter leur soutien dont la mosquée du Cinquantenaire et bien d’autres. A ce jour, nous n’avons pas connaissance de discours de la part de cette institution qui prônerait une quelconque violence ou un rejet. Il faut aussi souligner que le discours de cette institution a fortement évolué ces dernières années vers plus d’ouverture. Par conséquent, la LMB ne voit pas pourquoi elle devrait faire une croix sur la mosquée du Cinquantenaire. Il est arrivé que certains politiques disent dans les médias que la mosquée du Cinquantenaire nous a apporté un financement pour la Foire Musulmane. Ceci n’a jamais été le cas et nous aimerions bien savoir d’où est-ce qu’ils déduisent une telle information. Et quand bien même, ils nous proposeraient une aide financière que nous ne la refuserions pas, bien entendu sans conditions.

KNACK: Question n°5: Est-ce que vous pouvez éclairer sur la manière dont votre organisation voit un « islam de Belgique » ou un « islam d’Europe ». En quoi est-ce que c’est différent de l’islam non-européen?

LMB: L’islam est un, dans sa foi, dans ses sources, dans sa spiritualité et dans ses valeurs de fraternité, de miséricorde, d’amour,… Sur cela, il ne diffère pas de l’islam qui est pratiqué dans le monde.

Lorsque la LMB parle d’un « islam de Belgique » ou un « islam d’Europe », il s’agit tout simplement de privilégier en Belgique et en Europe une lecture de l’islam qui prenne en considération la réalité belge et européenne. Une pratique de l’islam apaisée et sereine qui ne soit pas l’objet de crispations et de tensions. La prise en considération de l’histoire et des mentalités des populations européennes notamment par rapport à la religion et à sa place dans la société. Le respect de la Constitution du pays, de ses valeurs et des lois mêmes si les Musulmans ne sont pas dans un pays majoritairement musulman, en ce compris la séparation des religions et de l’Etat. Le respect des principes démocratiques, du principe de citoyenneté, de l’égalité, du pluralisme et des libertés. Cela implique que les Musulmans de Belgique puissent prendre en main leur propre destinée loin des ingérences externes. Cela ne signifie pas que les Musulmans doivent se couper du monde musulman mais qu’ils soient libres de leur choix.

KNACK: Question n°6: Comment est-ce que vous réagissez sur les rapports disant que la LMB soit une organisation des Frères Musulmans? Comment est-ce que la LMB considère les FM comme organisation ?

LMB: Par rapport à la question des Frères Musulmans, la LMB a rédigé dernièrement un communiqué qui s’intitule « LMB: identité, financement, Frères Musulmans » qui clarifie et décrit clairement son identité et sa philosophie. Il fait également référence à la question des Frères Musulmans. Ce communiqué faisait suite à un article d’une journaliste d’un magazine francophone. Il est consultable sur le site internet de la LMB et développe suffisamment la question. En résumé, la LMB refuse cette étiquette et critique cette manie de la part de certains d’apposer des étiquettes sur des personnalités ou des associations et maintenir ainsi un climat de suspicion malsain envers des acteurs de terrain et qui a pour conséquence de jeter sur eux le discrédit. Nous soulignons dans ce communiqué que nos actions et nos discours sur le terrain sont les meilleurs témoins de notre pensée. (Nous vous invitons vivement à lire ce communiqué où vous pourrez trouver plus de détails sur nos actions et prises de positions). Avec ce communiqué, nous clôturons ce débat interminable sur la LMB et les Frères Musulmans. Et chacun est libre de se faire sa propre idée, et ceux qui veulent continuer à nous mettre dans des cases sont libres également de le faire.

Sur la question de : comment la LMB considère les Frères Musulmans ?

Ce n’est pas un exercice facile à faire que de donner un avis tranché et objectif sur une organisation qui a plus de 80 ans d’histoire, qui s’est retrouvé dans des pays et des contextes très différents, qui ont eu des positionnements politiques discutables voire contradictoires d’un pays à l’autre, qui a également en son sein une série de savants et de penseurs et voire même de courants qui adoptent des postures très diversifiées. Effectivement, si nous voulons pousser l’analyse de manière plus approfondie et scientifique, nous remarquerons que les Frères Musulmans, tout comme d’autres courants tels que le salafisme, le soufisme,… ne représentent pas de blocs homogènes mais qu’ils contiennent au sein de ces courants une large diversité même s’il existe certains traits fondamentaux qui les caractérisent.

Avant tout, nous considérons qu’il n’est pas souhaitable de diaboliser les Frères Musulmans car en général, ils n’appellent pas à la violence ni à l’extrémisme. La LMB a elle-même compté à l’époque dans ses membres quelques personnes qui, dans leur pays d’origine, étaient sympathisants ou actifs dans des courants proches des Frères Musulmans. A aucun moment, ils n’ont véhiculé des idées extrêmes. Loin de là. La seule chose est qu’ils pouvaient parfois avoir un attachement un peu plus prononcé pour leur pays d’origine qu’à la Belgique. Ce que nous pouvons comprendre.

Ceci dit, il est important de rappeler que cette organisation est née dans un contexte de colonisation en Egypte et juste quelques années après la chute du califat qui provoqua une certaine frustration voire une humiliation dans le monde musulman. De plus, la colonisation culturelle était en route et engendra une réaction identitaire qui va notamment donner naissance à l’organisation des Frères Musulmans. Depuis, cette organisation est passée par de nombreuses phases dont la répression qui les a poussé à la clandestinité et parfois certains groupes sont sortis des Frères Musulmans et se sont radicalisés parfois en des groupuscules violents.

Quelles remarques ou réflexions la LMB pourraient émettre par rapport à cette organisation ?

Tout d’abord, la pensée traditionnelle des FM prône une adhésion fondée sur un serment d’allégeance. Nous considérons que s’il devrait y avoir une allégeance, cela devrait plutôt être une allégeance envers un pays ou une patrie et non pas envers une organisation quelles qu’elles soient. Cela vaut pour les Frères Musulmans tout comme pour d’autres organisations, y compris la Franc-Maçonnerie,… Le risque étant de créer un Etat dans l’Etat et d’avoir un conflit entre différentes allégeances.

Les Frères Musulmans parlent d’avoir un individu musulman, une famille musulmane, une société musulmane, un Etat musulman et d’être les enseignants du monde. Pendant de nombreuses années, les mouvements islamiques ont milité pour l’instauration d’un « Etat islamique » sans savoir trop quoi mettre à l’intérieur de ce concept d’un point de vue pratique. Les slogans simplistes du style « L’islam est la solution » étaient des leitmotivs très largement diffusés. Nous considérons qu’il n’y a pas « d’Etat islamique » mais qu’il y a plutôt « l’Etat » tout simplement sans devoir rajouter un adjectif « islamique » sur chaque chose. Celui-ci dispose d’institutions qui visent tout simplement à organiser la gestion de la cité. Ceci nécessite des compétences particulières et de vrais programmes politiques ambitieux. De même, il serait intéressant de déconstruire certaines notions telles que le califat. La LMB, quant à elle, est partisan d’un Etat laïque qui implique la neutralité de l’Etat, la séparation des religions et de l’Etat, qui garantit l’égalité entre tous les citoyens ainsi que le pluralisme mais également les libertés fondamentales et la démocratie. Nous vous invitons à lire la Charte des Musulmans d’Europe dont la LMB est signataire et qui développe les principes qui orientent la LMB.

Voilà ce que nous pouvons dire sur certains aspects de la pensée traditionnelle des Frères Musulmans. Certains observateurs avertis ne manqueront pas de noter de faire preuve de plus de nuance car aujourd’hui, certains groupes dans les pays musulmans qui sont proches des Frères Musulmans, notamment en Tunisie, ont évolué dans leur pensée. Nous laisserons le soin aux spécialistes d’en faire l’analyse.

KNACK: Question n°7: Est-ce que la LMB s’inscrit dans la lutte contre la radicalisation ? Est-ce que vous menez des projets d’anti-radicalisation ?

LMB: La LMB ne dispose pas d’une solution contre la radicalisation. Nous pensons qu’il est nécessaire que plusieurs acteurs de la société contribuent à rechercher des solutions à ce fléau qui a pris finalement tout le monde de court, y compris les Musulmans eux-mêmes et qui en sont les premières victimes.

Il est indispensable que des chercheurs puissent analyser les mécanismes qui poussent des jeunes, et parfois même très jeunes, qui n’ont pourtant pas une grande connaissance de l’islam à se radicaliser à une vitesse record (parfois même en deux mois) et à partir combattre en Syrie. On peut aussi y retrouver des profils très diversifiés, parfois des anciens délinquants et parfois des gens très cultivés.

Il y a également la question de l’endoctrinement par des recruteurs qui agissent visiblement dans la discrétion, il y a parfois aussi la question sociale qui peut jouer. Il y a aussi le fait que des jeunes ne trouvent pas leur place au sein des mosquées ou que les discours de certains imams (généralement en arabe, dans une langue qu’ils ne comprennent même pas) ne sont pas en phase avec leur réalité. Il y a le fait que des jeunes ne trouvent pas leur place dans la société et n’ont pas d’ambition. Il y a le fait que certains peuvent à un moment de leur vie connaître une certaine fragilité,… Les facteurs sont multiples et complexes et il est donc nécessaire d’avoir une vraie réflexion et une vraie remise en question au sein des Musulmans de Belgique mais également au sein de notre société plus largement.

Comment est-il possible que des gens nés ici ont pu se faire exploser dans un aéroport et dans des métros qu’ils fréquentaient quotidiennement tuant ainsi des personnes innocentes sans distinction, hommes, femmes, enfants, vieillards ? Face à ce constat qui n’augure rien de bon pour l’avenir, il est plus que nécessaire de considérer les Musulmans et leurs associations, les mosquées, les enseignants de religion, les imams,… comme des partenaires privilégiés et non pas les stigmatiser ou jeter la suspicion sur eux.

La LMB a toujours condamné fermement et publiquement ces actes terroristes que ce soient en France ou en Belgique. Même si nous ne sommes pas responsables de ces attaques, nous estimons qu’il est important que des associations et institutions musulmanes dénoncent ces actes tout d’abord pour une question de principe et de solidarité avec les victimes. Mais aussi, il est important que les Musulmans eux-mêmes voient des acteurs musulmans émettre cette position ferme et que nos autres concitoyens n’aient aucune ambiguïté sur le fait que l’islam condamne de tels actes.

A notre niveau, la meilleure contribution que la LMB, mais aussi d’autres acteurs musulmans, pourraient apporter est de véhiculer une lecture de l’islam, telle que nous le concevons, à savoir un message de paix, d’amour et de miséricorde et de déconstruire ces lectures erronées de l’islam qui pousse à la violence et à la haine. Le centre actuel de la LMB à Bruxelles, bien que de taille moyenne en attendant de trouver un bâtiment qui pourra accueillir un projet plus vaste, fait le discours du vendredi intégralement en langue française et à un public majoritairement jeune ou des adultes nés en Belgique. La LMB organise de nombreuses conférences, des cours et des séminaires dans la langue du pays et pousse à l’esprit critique concernant certains discours extrêmes. Ces activités sont suivies par de nombreux jeunes. De même, la Foire musulmane a accueilli plusieurs débats sur la question du radicalisme mais aussi sur l’importance de la citoyenneté, sur l’islam comme message de miséricorde. Le centre de la LMB à Verviers a mené énormément d’initiatives avec les différents acteurs locaux et les autorités locales. La LMB organise également des week-ends de camps pour les jeunes filles et garçons. Le dernier en date était au mois de décembre peu après les attentats de Paris. La thématique de ce camp portait sur la pensée radicale et comment la déconstruire. Le prochain camp en date est le camp national de LMB qui a lieu du 22 au 24 avril prochain et qui regroupe plus de deux cent jeunes de différentes villes. La thématique de ce camp portera sur : l’islam, un message de paix et de miséricorde. Notre dernier séminaire national LMB portait sur la thématique du vivre-ensemble.

Nous pouvons dire en résumé que notre contribution se situe directement au niveau d’un travail de terrain avec la jeunesse.

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